L’enracinement est peut-être le besoin le plus important et le plus méconnu de l’âme humaine. C’est un des plus difficiles à définir. Un être humain a une racine par sa participation réelle, active et naturelle à l’existence d’une collectivité qui conserve vivants certains trésors du passé et certains pressentiments d’avenir.
Participation naturelle, c’est-à-dire amenée automatiquement par le lieu, la naissance, la profession, l’entourage. Chaque être humain a besoin d’avoir de multiples racines. Il a besoin de recevoir la presque totalité de sa vie morale, intellectuelle, spirituelle, par l’intermédiaire des milieux dont il fait naturellement partie.
Simone Weil, L’enracinement, Gallimard 1949.
Devenir racine
En 2022, j’ai quitté mon appartement pour un habitat plus “campagnard” et très singulier : une petite île – un hectare de verdure – au cœur de Strasbourg.
Espace de nature accessible uniquement par barque, ce nouvel environnement de vie a sur mon existence un impact puissant. Les transformations à l’œuvre sont telles que j’éprouve la sensation que mes bras et mes jambes repoussent. Un peu comme si, tel un arbre récemment planté, je racinais.
Récits, observations et réflexions me permettront, je l’espère, de mieux comprendre ce qui a lieu ici. Il s’agit de documenter ce qui m’arrive. Documenter les actions concrètes par des récits. Alimenter la réflexion sur “ce qui se passe” par des lectures et interpréter ce que je peux observer autour de moi. Partager comment ces expériences infléchissent mon regard et mes choix.
C’est le début d’un cycle, dont l’enjeu est une espèce de “radicalisation”. Devenir racine est un destin que je n’avais pas envisagé auparavant… Bienvenue dans le journal de bord de cette aventure insolite, ponctuée par les traversées quotidiennes en barque.
